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Que dire en introduction sur Longus ?

Valentin Rietz, professeur agrégé de lettres classiques, sur le site de l’académie de Strasbourg, nous propose un résumé des hypothèses en cours sur l’auteur que je trouve bien pratique pour faire votre introduction :

D’une manière générale, nous connaissons mal les romanciers grecs, en raison du fait que ce que nous appelons, depuis le XIXe siècle, « roman grec » était considéré comme un genre secondaire dans le monde hellène, et que le corpus aurait été rapidement perdu (seuls cinq grands romans et quelques fragments nous sont parvenus).

Au contraire d’autres auteurs de romans […] Longus n’est même pas cité dans les répertoires byzantins […], au point que certains savants ont même refusé longtemps à ce dénommé Longus la paternité de Daphnis et Chloé.

L’auteur ne donne par ailleurs aucune information sur lui-même dans son œuvre et son nom, Longus, était un des surnoms les plus courants dans le monde romain.

Les travaux de recherche portant sur cet auteur se sont donc nourris d’hypothèses et de réflexions, mais peu de données factuelles sont réellement établies. On peut résumer ainsi l’avancée de ces travaux : même si certains critiques font de Longus un auteur ayant vécu et écrit sur l’île de Lesbos, les approximations voire les erreurs commises dans l’œuvre concernant la géographie, le climat et les cultures de l’île tendent à infirmer cette hypothèse ; d’autres critiques ont alors voulu faire de Longus un Italien, à cause de son nom, mais cette hypothèse n’est guère plus sûre. Concernant l’époque à laquelle aurait vécu Longus, on tend aujourd’hui à considérer, en tenant compte des jeux d’échos entre les œuvres, du contexte littéraire et culturel et des techniques narratives qui transparaissent dans l’œuvre, qu’elle se situe entre les règnes de Marc-Aurèle (161-180) et d’Alexandre Sévère (222-225), soit l’âge d’or de la Seconde Sophistique.

Il convient de mettre en relation cette absence d’informations sûres au sujet de l’auteur avec le contexte d’écriture de l’œuvre : avec l’émergence de la Seconde Sophistique, écrire devient un jeu, un artifice auquel se prêtent beaucoup d’écrivains, mais aussi les élèves des écoles de rhétorique, au point qu’il parfois impossible de déterminer avec précision un auteur : le texte peut avoir été écrit sans intention de publication, être l’œuvre de plusieurs mains successives, ou bien l’auteur a pu vouloir s’effacer derrière un « bijou » de rhétorique.

NB : selon le site de Montpellier 3, La Seconde Sophistique est un mouvement littéraire de la fin du Ier siècle et du IIe siècle ap. J.-C. Les « deutérosophistes » ont connu une grande célébrité sous les Antonins et leur influence a touché toute la littérature de leur époque.

Par ailleurs, voici le résumé qu’il propose pour l’œuvre en général, résumé très efficace également.

Le roman présente une unité très forte : c’est l’histoire d’amour entre les deux jeunes gens qui occupe tout l’espace textuel : point de voyage pour les deux protagonistes, dont l’existence se passe toute entière sur Lesbos et que peu d’aventures viennent contrarier.

La division en quatre livres ne se justifie donc pas, dans ce roman, par la succession des voyages et des aventures des héros, mais par la progression de l’intrigue amoureuse, calée sur le rythme des saisons […]

Quant au texte 1, voilà ce qu’il en dit qui pourrait vous servir à faire l’introduction :

Daphnis et Chloé est composé de quatre livres précédés d’un préambule. Ce préambule est, selon les éditeurs, rattaché au premier livre ou distinct de lui. C’est ce dernier choix que fait […] l’édition des Belles Lettres, en considérant la différence de statut narratif du préambule et des livres qui suivent : le préambule est assumé par l’auteur à la première personne et constitue un discours sur la genèse du récit – l’auteur aurait trouvé, dans un bois de Lesbos, alors qu’il chassait, un tableau sacré ; c’est ce qu’il a pu observer sur ce tableau qu’il s’attache à mettre en récit. Au contraire, les quatre livres constituent un véritable récit à la troisième personne.